Le coût de l’inaction

En Afrique sub-saharienne, les interruptions de service liées à COVID-19 pourraient provoquer des centaines de milliers de décès supplémentaires dus au VIH

Michel Caraël

On estime à environ 18 millions, le nombre de personnes vivant avec le VIH en Afrique subsaharienne qui bénéficient d’un traitement antirétroviral. L’Afrique sub-saharienne peine à produire ses propres médicaments. La production locale de médicaments représente seulement 3 % de la production mondiale.

Les thérapies antirétrovirales contre le sida sont fournies gratuitement aux pays à faible revenu. l’Unicef a créé un stock d’urgence d’ARV disponible pour les partenaires et les programmes de pays, situé à Copenhague, au Danemark. Le programme récent des Nations Unies UNITAID, avec l’’Unicef et d’autres partenaires, a lancé plusieurs initiatives pour améliorer l’accès aux médicaments prioritaires à un prix abordable pour combattre le VIH et le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Malgré ce dispositif central, les ruptures de stock de médicaments essentiels sont assez fréquentes non seulement dans les pays qui sont en guerre ou en situation de crise climatique, mais aussi dans d’autres pays pour des questions liées à planification et la gestion des stocks ou à la distribution intérieure.

En réponse à la pandémie de coronavirus, de nombreux États africains ont mis en place depuis deux mois, un confinement généralisé et organisé la fermeture des frontières et la suspension de nombreux transports. Il en est résulté un approvisionnement en médicaments et une distribution aux services de santé et aux associations très perturbés.

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Les interruptions de traitement provoquent des résistances et une résurgence des maladies opportunistes

Dans l’hypothèse d’un arrêt total de six mois de l’accès aux antirétroviraux, cinq études indépendantes[i] qui utilisent des modèles mathématiques estiment qu’une telle rupture pourrait notamment entraîner en Afrique plus de 500 000 morts (471000 – 673000) supplémentaires entre 2020 et 2021. Soit un doublement de la mortalité actuelle associée au VIH dans le continent. C’est de loin l’impact le plus important de toutes les autres perturbations possibles associées au Covid-19 comme la diminution drastique de l’offre du dépistage VIH ou d’autres médicaments essentiels tels que le Cotrimoxazole.

L’arrêt des campagnes de prévention, d’accès aux soins et aux traitements pourrait aussi considérablement menacer les progrès réalisés dans la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant.Selon les modèles, les infections infantiles pourraient bondir de 37 % au Mozambique, de 78 % au Malawi et au Zimbabwe et de 100 % en Ouganda.

L’interruption de l’approvisionnement en préservatifs et de l’éducation par les pairs parmi les populations plus vulnérables pourrait se traduire par une augmentation significative de l’incidence du VIH. Mais l’imposition de la distance physique et les mesures de confinement pourraient entraîner une forte réduction des rapports sexuels à risque.


[i] Jewell B, Mudimu E, Stover J, et al for the HIV Modelling consortium, Potential effects of disruption to HIV programmes in sub-Saharan Africa caused by COVID-19: results from multiple models. Pre-print, https://doi.org/10.6084/m9.figshare.12279914.v1,

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