Combattre l’épidémie de stéréotypes et de racisme : une urgence sociétale en temps de Covid-19

Par Chloé Tisserand et Simeng Wang pour Désinfox Migrations

Extraits :

En janvier et février 2020, après l’arrivée en France du Covid-19 et sa médiatisation puis l’hospitalisation des premiers patients sur le sol français à l’hôpital Bichat, de nombreux témoignages de vécus de discriminations et de racisme par les personnes d’origine asiatique se sont multipliés sur les réseaux sociaux, notamment avec le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus[1].  La question du racisme et de l’antiracisme chez les Chinois et Asiatiques de France n’est pas nouvelle, plusieurs publications scientifiques l’ont déjà analysée sous différents angles[2]. Cependant, au moment de la propagation du Covid-19, les discriminations ethno-raciales subies par les Chinois et plus généralement par les Asiatiques se propagent à une plus grande échelle et tendent à se banaliser. Ce sujet a fait l’objet de nombreux reportages dans les médias français, européens et chinois. Plusieurs associations de descendants d’immigrés et de primo-arrivants chinois, ainsi que des militants d’origine asiatique et des universitaires, sont activement engagés dans les luttes antiracistes et contre les discriminations liées au Covid-19[3].

VIH, Ebola hier, Covid-19 aujourd’hui : les crises sanitaires offrent toujours l’occasion aux partisans du non-accueil des étrangers d’argumenter contre eux. Ainsi, faisant suite aux déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur italien et secrétaire fédéral de la Ligue du Nord, la présidente du Rassemblement national a demandé en France la fermeture des frontières. Elle a qualifié cette mesure de “bon sens”, en soulignant que “les virus ne s’arrêtent pas à la frontière mais ceux qui les portent peuvent être bloqués”[4]. Dans son discours aux Français du 12 mars, le président de la République a rappelé que les “virus n’ont pas de passeport” et appelé à éviter les replis nationalistes.

En définitive, les nations ferment bel et bien leurs entrées et sorties[5] car la prévention du Covid-19 nécessite de limiter les contacts physiques. En temps d’épidémie, les étrangers sont souvent vus comme des “virus symboliques”. Ce vieux réflexe que l’on retrouve dans les discours contemporains de l’extrême droite nous ramène par exemple au Moyen-Âge, lorsque les autorités avaient attribué aux juifs et autres figures considérées comme appartenant à la “familia diaboli” la responsabilité de la peste noire[6]. La peur des maladies inconnues persiste dans les sociétés contemporaines et s’accompagne souvent de la désignation de bouc-émissaires, de “coupables”, au sein des groupes ethno-raciaux minoritaires ou déjà identifiés comme responsables d’autres maux sociétaux (délinquance, criminalité, etc.). Cela avait déjà été le cas dans les années 1990, où établissant un lien entre immigration et Sida, le Front national avait opéré une récupération politique en demandant un dépistage du sida à l’entrée des étrangers sur le territoire [7]….

Extraits

[1] Voir le fil Twitter #JeNeSuisPasUnVirus https://bit.ly/2y8DBeJ

[2] Voir entre autres Li Yong, 2019, « La confrontation des diplômés chinois au marché du travail français : une insertion incertaine ». Connaissance de l’emploi, Centre d’études de l’emploi et du travail (Noisy-le-Grand), hal-02138221 ; Tran Émilie, and Ya‐Han Chuang. 2019. “Social Relays of China’s Power Projection ? Overseas Chinese Collective Actions for Security in France.” International Migration ; Wang Simeng. 2019. « Quand les ‘Chinois de France’ manifestent », Plein droit, 121: p. 37-41.

[3] Voir le court-métrage produit par l’équipe AVE “Audio Video Exprimo”, sur les vécus de discrimination liés au Covid-19 chez des étudiants et migrants chinois de France https://bit.ly/33KeaM5

Voir également les prises de parole à ce sujet dans les médias français et chinois, recensées ici https://bit.ly/2y274XI

[4] Interview Marine le Pen sur France Inter, 26 février 2020, https://bit.ly/3bnOozN

[5] S’agissant de l’UE, la Commission européenne a publié le 16 mars « des lignes directrices aux États membres sur les mesures de gestion des frontières relatives à la santé dans le cadre de la situation d’urgence liée au COVID-19 » qui prévoient notamment la fermeture temporaire (pour 30 jours) de l’accès au territoire Schengen pour tous les ressortissants hors UE https://bit.ly/2WHa71z

[6] Fabre, G. (1998). Chapitre 7 – La peur de la contagion : conflits et catalyseurs. Dans : G. Fabre, Épidémies et contagions: L’imaginaire du mal en Occident (pp. 85-112). Paris cedex 14, France : Presses Universitaires de France.

[7] Mbaye, E. (2009). Sida et immigration thérapeutique en France : mythes et réalités. Sciences sociales et santé, vol. 27(1), 43-62. doi:10.3917/sss.271.0043.

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http://icmigrations.fr/2020/03/26/combattre-lepidemie-de-stereotypes-et-de-racisme-une-urgence-societale-en-temps-de-covid-19/
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