Lettre de lecteur

Cyril Pervilhac, Brienz, Suisse, 28 avril 2020

En pleine crise du début de la pandémie du Covid-19 (avril 2020) avec déjà 200 000 morts dans 185 pays et un seuil de plus de 50 000 décès aux USA seulement, soit cinq fois plus que la dernière épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, ce récit de la pandémie de VIH/SIDA, en particulier des années 80 en Afrique nous interpelle. Le livre est un véritable testament et témoignage vivant et détaillé depuis le début de la pandémie du VIH/SIDA avec sa facette largement ignorée de transmission hétérosexuelle sur ce continent. Il aborde les défis relevés alors, puis égrène les grandes étapes de développement et barrières diverses rencontrées au cours de la décennie 1980. Donc, un récit hautement recommandé pour animer des discussions d’intérêts multidisciplinaires pour les universités ou conférences. Quant aux lecteur(trice)s pressé(e)s, je recommanderais alors en particulier le dernier chapitre « Des raisons d’espérer ? » (pp. 175-192).

Personnellement, j’ai apprécié ce livre non seulement pour sa véracité historique mais également à partir de deux perspectives différentes sur la pandémie du VIH/SIDA avec des traits particuliers que j’ai vécu à la même époque travaillant alors pour le CDC d’Atlanta au Burundi, avoisinant le Rwanda, et par la suite à travers ce continent. D’une part, les aspects programmatiques, tels que la mise en place de modèle de surveillance du VIH dès mi-80 qui quinze ans plus tard donnait lieu au fondement de la Surveillance de Deuxième Génération largement diffusée par l’Onusida et l’OMS, ou la prévention classique de VIH, au-delà de la prévention par l’effet des traitements, ou la société civile, ou la transmission du VIH de la mère à l’enfant allaité et dilemme de l’Unicef. D’autre part, les éclairages critiques des contributions institutionnelles qui sont encore largement valides à ce jour.

En comparaison du « paradoxe » qui conduit la science à identifier l’agent étiologique du sida deux ans seulement après l’identification des symptômes de cette nouvelle épidémie, et la lenteur et le retard qui ont caractérisé les réactions des États et d la communauté internationale” (p. 186) en signalant précisément le défaut de « préparation de la gouvernance mondiale. » (p. 190), nous assistons en quelques semaines près de quatre décennies plus tard avec le COVID-19 au déroulement d’une réponse globale accélérée mais non sans faille également. Quelles leçons pourra-t-on tirer du VIH/SIDA dans les mois et années à venir pour surmonter cette nouvelle pandémie et futures pandémies d’un point de vue programmatique, institutionnel, et de gouvernance internationale ? Le livre nous apporte quelques éléments de réflexion et réponses basées sur une large expérience. À nous d’en tirer profit.

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